Qui a inventé l’opposition entre Hardcore et Casual ?

Il est hirsute, il est couvert de poils, mais il se tient sur ses deux pattes postérieures. C’est le chaînon manquant, le grand ancêtre, l’origine poussiéreuse du débat entre hardcore et casual. Retardez vos montres de 35 ans ; la scène se passe en 1973. L’âge béni des chemises à fleur, des coups d’Etat en Amérique latine et des premières bornes d’arcade. Quand …

Pong, le premier flyer, équivalent du saint suaire pour le gamer
Quand un type qui s’appelle Nolan Bushnell, qui ne porte pas de chemise à fleur, soutient peut-être le coup d’Etat au Chili et a certainement inventé l’arcade, se dit qu’il faudrait faire autre chose que Pong sur un marché encombré. L’année précédente, le même Bushnell a sorti le (presque) premier jeu vidéo d’arcade commercial, Pong, sous la marque d’une société qu’il vient de fonder, Atari. Auparavant, il y avait eu Computer Space par le même Bushnell, un jeu de combat spatial inspiré de SpaceWar le premier jeu vidéo historique programmé au MIT quelques dix ans plus tôt. Et quelques mois plus tôt à Stanford, un autre jeu Galaxy Game, réplique du SpaceWar originel pour 25 cents. 1972. Le monde est mûr pour l’arcade.

Table Tennis, un Pong Like de 73 par Nutting, à destination des « sophisticated lounges and country clubs » ; putain, j’étais même pas né
Mais en 1972 l’arcade se limite encore à un jeu unique, Pong. Galaxy Game comme Computer Space ont fait un flop. Pong connaît un succès phénoménal, mais du coup, tout le monde s’engouffre dans la brèche, les fabricants de flippers au premier rang qui veulent le nouveau money maker. En 1972, il y avait deux bornes d’arcade en tout et pour tout : le Pong d’Atari et sa copie par Nutting Associate, la première société de Bushnell. En 1973, il y a 38 bornes d’arcade produites. Sur ces 38, plus d’une trentaine sont des Pongs. Atari produit deux jeux nouveaux pour se sortir de la nasse de la concurrence. Et en ce jour là, Atari invente le grand partage entre hardcore et casual.

La version japonaise (améliorée graphiquement) du Space Race d’Atari par Taito en 73.
Le premier jeu, Space Race, dont Atari vendra les licences à Taito (Astro Race) et Midway (Asteroid), est une modification sur les circuits de Pong. Les raquettes sont devenues des vaisseaux spatiaux qui se déplacent sur un axe vertical. Le premier vaisseau à atteindre le haut de l’écran en partant du bas marque un point. Pour ce faire, il doit éviter des météorites qui apparaissent aléatoirement. Un Pong où le jeu consisterait à éviter les balles ! Ecoutons Atari définir son gameplay : « Skill and luck factor. Just enough frustration to encourage replay after replay. » La définition à l’état pur du jeu hardcore. Just enough frustration…

Certaines phrases sont comme de l’or
Comparons avec l’autre nouveauté Atari de l’année 1973, Gotcha. Innovation peut-être encore plus importante : le premier jeu avec un labyrinthe, le déplacement n’est plus contraint à une ligne verticale. Il s’agit pour le premier joueur représenté par une croix d’attraper, dans un temps limité, le second représenté par un carré. A chaque fois que le poursuivant est attrapé, Gotcha score un point. Atari innove avec le design de la borne, en dissimulant les joysticks sous des espèces de seins en plastique rose qui font rapidement de Gotcha le « boobs game ». Comment le jeu est-il vendu cette fois-ci ? Facilité d’accès et de prise en main (tout le monde a déjà joué au jeu du chat et de la souris), profit assuré (on voudra inverser les rôles, chaque partie rapportera donc en réalité 50 cents au lieu de 25) et surtout nouveau public.
“Clean, contemporary look. GOTCHA can be placed anywhere and everywhere. Fine shops, restaurants. Waiting rooms. Recreational areas. Reception lobbies. Offices.” “The boobs game” dans ton bureau. Le vieux rêve de Bushnell, qui deviendra réalité avec Chuck-E-Cheese, coller de l’arcade absolument partout. Et pour ça, inventer le casual.

oh ! oui !
Moralité. Le partage entre hardcore et casual est presque aussi vieux que le jeu vidéo, et en tout cas contemporain du jeu commercial. Mécanisme de jeu fondé sur l’exigence et la frustration d’un côté, volonté d’élargir les publics de l’autre. Et avant, on avait quoi ? Space War était un jeu d’université par les hackers pour les hackers. L’artefact parfait au paradis des geeks. Un gameplay élitiste qui fait la fierté de ses concepteurs : « un débutant ne vaincra jamais un joueur expérimenté avant une quarantaine de parties » claironne Russell en 1972. Issu d’un univers ultra-masculin, difficile à manier, tout sauf un jeu casual.
Et Pong alors ? Une prise en main immédiate et une simplicité dans les règles – après le fiasco de Computer Space, Bushnell veut un jeu simple – et pourtant un véritable gameplay exigeant et addictif. Ni hardcore, ni casual ou les deux à la fois. Le jeu vidéo parfait ?
Y a pas toujours marqué le siècle alors on se perd un peu
Moi je propose que cet article voyage un peu ! il faut le linker sur un site avec du passage parce que ça les gens vont être intéressés. Enfin les gens biens, je veux dire les gens qui s’intéressent quoi. Hum.
Pourtant c’est pas logique, les jeux casual rameutent du monde, sur ces nouveaux arrivants une partie devrait se convertir en gamers avec le temps et élargir le marché du hardcore non ?
1Deviens vrai, deviens hardcore. Deviens vrai devient un gamer.
je ne pense pas qu’on passe de casual à hardcore… c’est pas la logique qui vole un oeuf, vole un boeuf. casual : ce n’est pas une initiation, c’est une pratique différente.
2je sais pas, je veux dire pour que les gens commencent le jeu vidéo il faut bien quelque chose, du bruit, et qui font du bruit ? les jeux casual et les consoles (qui n’ont que des jeux casual ou presque) c’est comme ça qu’on commence, ensuite si on reprend ce que je disais une petite partie de ces gens passent sur un autre type de jeu « hardcore » justement pour y pratiquer le jeux différemment. Wow à fait faire un bond énorme au nombre de joueurs. Le jeu est casual dans sa définition du noskill, mais il demande une pratique plutôt hardcore. Sur ces gens là une partie vont bien tomber sur d’autres jeux ? En fait y a pas de joueurs casual ou hardcore, mais y a des jeux fait par des types qui veulent se faire du blé et ces jeux te conditionne en joueur casual. Tout ça c’est de l’arnaque.
3aussi parce qu’une grande partie de la populasse elle a pas envie de se faire trouer le cul 10h de suite avant de faire un frag. Merde c’est le cercle vicieux.
4sur l’histoire de la courbe d’apprentissage, j’ai ressenti moi même la lassitude face à total war. la flemme d’apprendre. faudrait que je fasse un papier sur spacewar et la revendication qui va avec de la difficulté du jeu.
5Faut connaître. N’empeche ce n’est pas mal du tout comme article! J’avoue, je suis passé du casual au hardcore. Toujours besoin de + de complexité dans les jeux! Je need je need!
6Salut FatMat,
J’ai beaucoup aimé ton parallèle avec l’industrie du cinéma des années 20 sur le blog d’Eric Viennot. En revanche, dire que Pong est un jeu hardcore me parait légèrement capillotracté…
7@olivier
Un des problèmes qu’on a sur Pong, c’est qu’on n’a pas de copie fidèle du gameplay de l’époque. Comme pour toute l’arcade avant 75, on est en solid state, donc il n’y a pas d’émulation avec des roms. Tout ce qu’on peut faire c’est émuler la machine physique originelle. Il y a un projet qui s’appelle Dice pour émuler les premiers jeux arcade atari : pong, rebound, gotcha. Mais on est encore loin du compte.
En revanche, il y a eu beaucoup de machines homepong en circulation, donc en retrouver une qui marche est sans doute le meilleur moyen de se faire une idée du gameplay authentique.
Tout ça pour dire que c’est curieusement difficile de jouer au jeu que tout le monde cite comme l’ancêtre des jeux vidéo. Il y a des répliques, mais elles ne sont pas fidèles.
En revanche, on a quelques bonnes infos sur le gameplay. On sait qu’il est fondé sur deux trucs qui tranchent avec la console de salon Magnavox Odissey qui est contemporaine : les raquettes renvoient la balle avec un effet (selon l’endroit où la balle touche la raquette), et surtout le jeu accélère progressivement jusqu’à devenir injouable.
C’est cette composante d’accélération, qui est commune à tous les jeux d’arcade, qui me fait penser à une affinité avec les jeux « hardcore » qui suivront. Comme pour l’arcade pure, à Pong, on ne peut que finir par être dépassé par la vitesse du jeu (space invader, missile command, tetris…). Je pense même qu’à Pong, on ne gagne pas « positivement » en appliquant une stratégie pour dérouter son adverse (utiliser les rebonds et cie), mais qu’on gagne « négativement » en restant le dernier sur le terrain, le dernier à ne pas avoir perdu la balle.
D’où l’importance de la consigne de jeu, indiquée sur la machine Pong de 72 : « Avoid Missing Ball for High Score ». Le but du jeu c’est « avoid missing ». Là on est proche de ce qu’on peut appeler le jeu hardcore, il me semble ?
Bon, faut vraiment que j’achete un homepong de l’époque !
Le parallèle sur le cinéma des années 20 : ça correspond à une idée de papier sur Braid ; et si Braid était analogue à certaines impasses du cinéma comme art dans les années 20. Ca devrait tomber la semaine prochaine quand on aura relu les critiques surréalistes du cinéma comme art !
8@FatMat
Donc si je te comprends bien, une accélération du rythme de jeu suffit à qualifier un jeu de hardcore et Tetris et ses millions de joueurs serait hardcore ?
Je ne suis pas vraiment convaincu…
Pour moi le fait que l’on puisse avoir une pratique hardcore d’un jeu ne suffit pas à le qualifier comme tel. Sinon presque tous les jeux le seraient (il n’y a qu’à voir les vidéos de guitar héro en mode expert ou se ballader sur les fansites de joueurs des Sims). Je crois que nous ne sommes tout simplement pas d’accord sur la définition de ce qui pousse un jeu du côté hardcore ou du côté casual.
Même si je l’utilise par facilité de temps en temps, je n’aime pas cette classification hardcore/casual : elle me semble trop floue, rarement pertinente. Toutefois si je devais trouver une définition, je crois que je l’articulerais autour de trois points :
1- L’accessibilité (plus le jeu est facile à prendre en main plus on tend vers le casual)
2- La complexité (plus le gameplay est profond ou plus il comprend de systèmes, plus il est hardcore)
3- Le pourcentage de chance (plus il est élevé plus le jeu tend vers le casual)
A ce titre, Pong me parait tout de même clairement plus casual que hardcore…
9@Olivier
Oui mais attention! Il faut aussi se baser sur l’époque où on est, c’est à dire à la sortie de PONG.
Donc tes 3 critères ne suffisent pas. Aujourd’hui, le jeu a évolué ainsi que ces termes de définitions, donc dans ce cas oui, les 3termes fonctionnent.
10je suis d’accord avec les critères proposés. Pong a une prise en main facile (accessibilité), ce qui n’est pas le cas de Spacewar par exemple. La complexité est faible, ce qui n’est pas le cas de Spacewar. En revanche, il partage avec l’arcade la difficulté (chances faibles).
Mais là où tout le monde tombe d’accord, c’est que ces catégories sont déconnantes, ou laissent de côté les multiples usages qu’on peut faire d’un jeu…
11l’interet de l’article c’est avant tout de voir qu’il y a 30 ans la définition du casual/hardcore était déjà là, le reste on s’en tape c’est sur que pong c’était pas quake, comme le dit mac. Les 3 points d’Olivier sont très justes, et plus ou moins la même chose que ce que je vomissais dans mes papiers sur cod4 et Tf2…
12Bon, alors si tt le monde est d’accord que ce sont des catégories qui fonctionnent mal, j’attends avec impatience l’article sur Braid et le cinéma des années 20 ! ^^
13ca ne serait pas la première promesse non tenue de ce blog ! Il y a peu près autant de posts écrits que de posts que nous nous étions promis d’écrire…
En tout cas, on est tous retournés de se retrouver avec des lecteurs…
14Non moi ça va.
Il va venir ce papier Braid… Mais FF6 nous prend tout notre temps actuellement
(mais il est vrai que pas mal de papiers sont passés à la trappe (sans parler de ceux que je n’ai jamais posté)
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