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Que reste-t-il de nos amours ?

10 décembre, 2011 Par: Liquid Catégorie: In bed with video games

Skyrim, c’était l’émission sur les îles du Pacifique. Celle que le directeur des programmes décide de diffuser à 5h du matin, question de bien vous donner le bourdon. En proie aux doutes existentiels qui accompagnent l’insomnie, vous décidez d’allumer la tv et paf, la vitrine : l’eau turquoise, le sable fin, les  montagnes ondulantes à végétation luxuriante. Si vous ne vous étiez pas encore demandé à quoi rime cette vie miteuse, cette fois c’est fait.

Skyrim, c’était pareil. Passé la scène d’intro, on m’a fait descendre une montagne. Il y avait des fleurs, des fleurs violettes. Dans mes souvenirs, la musique était belle. Surement, ce n’était pas la symphonie alpestre de R. Strauss. Mais avec le soleil étincelant et les fleurs violettes, ça m’a semblé pas mal.

Après, on parle avec des gens. Logiquement, on est déçu. Quelques heures plus tard, j’ai acheté un cheval. Je devais gravir une montagne. J’ai suivi une route qui partait vers l’Est. Je me retournais par moment et je pouvais voir la ville s’éloigner. En arrivant dans une gorge et face à l’absence d’alternative, j’ai trucidé l’intégralité d’une bande, avant de reprendre ma route, comme si de rien était. C’était un petit chemin à flanc de montagne. J’ai découvert des chutes d’eau, des variétés de fleurs, un ours. A un moment, j’ai dû traverser un précipice en marchant sur un tronc.

J’ai fait escale dans un petit village au niveau d’un immense plateau. Les dialogues affligeants passés, j’ai décidé d’affronter la montagne. De longues minutes de montée à travers une neige dense. Je pouvais voir toute la région. C’était grisant. Les jours qui ont suivi, je n’ai pas lâché le jeu. Je n’y jouais pas pour l’histoire, que je n’ai d’ailleurs pas avancée, ni même pour le gameplay, que je trouve répétitif et soporifique. Je me baladais, cherchant la perle rare, la rencontre étrange, la femme à sauver qui voudrait m’en dire un peu plus sur elle que les autres pnj vides.

La randonné prenait rapidement le dessus, et je passais de longues séquences à parcourir les vastes étendues de Skyrim, utilisant, le plus rarement possible et à contrecœur, le voyage rapide. Sur 5 jours, je n’ai fait que ça, ou presque, jusqu’à épuiser mon envie. Après ça, la vie n’avait plus aucun goût. Le vide flagrant de Skyrim m’avait aspiré tout entier.  Autrement dit, cet immense espace, laissé vide par l’incapacité de Bethesda, je l’avais rempli avec une partie de moi-même, à tel point, que la limite entre moi et le jeu était devenue floue.

L’implication que j’avais pour les choses de la vie s’était déversée dans Skyrim et se réduisait désormais à sa plus simple expression (vaguement manger, vaguement dormir).  Seulement, le voyageur Liquid, chargé comme une mule de tout ce que je suis sensé faire en dehors du jeu, s’est rapidement retrouvé à vouloir les réaliser in game. Et évidement, la chute fut douloureuse. La petitesse d’esprit des développeurs, que j’avais si bien escamotée, me revenait en plein visage. Tout ce que j’entreprenais se soldait par des échecs cuisants : mon mariage, mes compagnons d’armes, le moindre dialogue.

C’est ainsi, sans prévenir, et avec la froideur de la justice, que la lassitude fit son entrée. Mes aspirations inassouvies me propulsaient dans la peau d’un sociopathe. Ce monde est merdique, je le vomissais. J’ai assassiné cette chose, qui me disait chéri sans savoir pourquoi. Puis j’ai trucidé à coups de hache la vide, très vide, Lydia. Dans les rues de Riften, j’ai massacré absolument tout le monde, avant de sortir découper mon cheval.

Ce putain de cheval con comme ses pieds qui ne pouvait s’empêcher d’attaquer mes ennemis ! Je le détestais depuis le début. Savez vous que je rebootais ma PS3 lorsque mon cheval venait à mourir dans Red Dead ?

Je ne me faisais plus d’illusion, c’était terminé, plus une parcelle d’envie ne subsistait.

Skyrim n’a pas fait que me déprimer face à ses paysages magnifiques, comme le fait si bien le documentaire à Tahiti, Skyrim m’a laissé un sentiment de frustration d’une intensité jamais atteinte. Je n’attendais pourtant rien de ce jeu, mais l’appel d’air avait été si fort, si puissant, la perte de contrôle si parfaite, que je me suis mis, malgré moi, à espérer des choses bien impossibles. Chaque ligne de dialogue vaguement correcte me laissait imaginer le commencement d’un jeu meilleur. Mais le miroir brisé par la lassitude, c’est ma vie vidéo-ludique qui s’effondre.

S’ajoutant à la liste, déjà effrayante, des déceptions annuelles, Skyrim et la satisfaction nauséabonde des joueurs et critiques, me fait me demander où nous allons. Il serait le RPG de l’année. Se rendent-ils bien compte de ce qu’ils disent ? Ce jeu est un retour en arrière effrayant. Effrayant parce que, contrairement au génial Dragon Age II, il est adulé. Effrayant parce que, sans reprendre le moindre bon côté de Red Dead Redemption, les joueurs le finissent, alors qu’ils laissent tomber Marston. Effrayant parce qu’il est bête au possible. Effrayant parce qu’il ne sait rien faire de ses 10 doigts pourtant d’une beauté rarement égalée…

3 commentaires à propos de “Que reste-t-il de nos amours ?”


  1. Hier soir je suis tombé sur les îles du pacifique, cette fois, j’ai tourné. Par contre ça m’a fait penser à ce papier pas encore posté.

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  2. rasbaille dit :

    J’y ai joué à mort pendant une semaine et puis tout d’un coup je suis tombé sur cet article:

    http://www.faismoijouer.com/2011/12/26/comment-parler-dideologie-dans-les-jeux-video-daction/

    et j’ai réalisé que ce jeu était devenu une sorte de travail pour moi.

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  3. Bodysnatchers dit :

    Voilà pourquoi j’attends que le prix baisse avant de le tester.

    Je sais très bien que c’est du bethesda et qu’à part la partie exploration, le reste sera torché avec les pieds….oui mais je suis quand même curieuse, fichtre. Mais je sais que ça me gonflera vite, donc vivement les petits prix !

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